Saint Nicolas : de l'évêque de Myre au sanctuaire de Saint-Nicolas-de-Port et aux traditions du 6 décembre

Pintura de San Nicolás de Mira vestido con vestiduras obispales, capa pluvial y báculo pastoral, acompañado por ángeles.

Origines en Lycie et cadre historique du IVe siècle

La figure historique rattachée à saint nicolas s'enracine en Asie Mineure durant l'Antiquité tardive. Né selon la tradition vers 270 dans la cité portuaire de Patara, au sein d'une famille chrétienne aisée de la province romaine de Lycie, le futur pasteur grandit dans un environnement marqué par l'effervescence commerciale et spirituelle de la Méditerranée orientale. Consacré évêque du siège métropolitain de Myre aux alentours des années 300 à 311, il prend en charge sa communauté à la veille de la grande persécution déclenchée sous les règnes conjoints de Dioclétien et de Maximien.

Les sources hagiographiques et patristiques primitives attestent que l'évêque subit alors l'arrestation, la prison et diverses vexations physiques pour son attachement indéfectible au christianisme. Sa captivité prend fin en 313 avec la promulgation de l'Édit de Milan par les empereurs Constantin Ier et Licinius, accordant la liberté de culte dans tout l'Empire romain. Réintégré sur son siège épiscopal de Myre, il reprend le gouvernement pastoral de ses ouailles, consacrant son autorité à la réorganisation ecclésiale, au secours des indigents et à la défense de l'orthodoxie doctrinale. Sa mort survient selon les chroniques un 6 décembre, entre 335 et 343, date à laquelle il est inhumé dans la basilique épiscopale située hors les murs de Myre, établissant ainsi le repère chronologique universel de sa mémoire liturgique.

L'épreuve des sources conciliaires : le premier concile de Nicée

La tradition ecclésiale orientale et byzantine a toujours réservé une place d'honneur à l'évêque de Myre parmi les Pères réunis lors du premier concile œcuménique de Nicée, convoqué par Constantin en 325 pour trancher la crise arienne. Dans l'hagiographie médiévale et la liturgie grecque, le prélat de Lycie est dépeint comme un défenseur infatigable du dogme trinitaire de la consubstantialité du Père et du Fils (homoousios), s'opposant fermement aux propositions théologiques d'Arius.

Toutefois, la critique textuelle et l'historiographie contemporaine abordent cette tradition avec une méthode rigoureuse. Les listes conciliaires manuscrites les plus anciennes et les actes synodaux primitifs parvenus jusqu'à nous ne mentionnent pas de façon constante et unanime le nom de l'évêque lycien parmi les signataires officiels. Les historiens considèrent donc la participation active de saint nicolas à Nicée et les récits d'affrontements véhéments contre les partisans d'Arius comme l'expression d'une vénérable mémoire doctrinale ecclésiale et d'une ferveur dogmatique transmise par la piété chrétienne, plutôt que comme un fait certifié par des documents administratifs d'époque.

Distinction critique entre Nicolas de Myre et Nicolas de Sion

L'étude critique de la vie du saint évêque a longtemps été obscurcie par une superposition documentaire complexe apparue au cours du Moyen Âge byzantin. À partir du Xe siècle, plusieurs hagiographes et compilateurs orientaux ont amalgamé en un seul récit les données biographiques de l'évêque de Myre du IVe siècle avec celles d'un autre saint personnage de la même région : saint Nicolas de Sion, abbé et fondateur du monastère de Sainte-Sion, puis évêque de Pinara, mort en l'an 564.

Cette fusion involontaire a introduit dans les récits de la vie de l'évêque de Myre divers détails propres au VIe siècle, tels que des itinéraires de pèlerinages précis vers Jérusalem, des épisodes de navigation et des prodiges accomplis auprès de moines d'Anatolie. Les travaux de la critique hagiographique moderne ont permis de dissocier nettement ces deux personnalités historiques distinctes, restituant à l'évêque du IVe siècle sa véritable dimension pastorale de confesseur de la foi sous Dioclétien et de protecteur civique de la population de Myre face aux injustices et aux famines.

Genèse des récits : de la dot des trois jeunes filles aux légendes occidentales

Le corpus des récits admirables illustrant la charité du saint s'est développé par strates narratives successives. L'un des épisodes les plus anciens et les mieux attestés textuellement est celui de la dot des trois jeunes filles, consigné dès les écrits hagiographiques grecs du haut Moyen Âge attribués à Michel l'Archimandrite aux VIIIe et IXe siècles. Selon cette tradition biographique, le pasteur de Myre, ayant appris le dénuement extrême d'un père de famille noble tombé dans la misère et sur le point de contraindre ses trois filles à la prostitution, s'est rendu secrètement de nuit auprès de leur demeure pour y jeter par la fenêtre trois bourses garnies de pièces d'or, préservant ainsi leur honneur et assurant leur mariage légitime.

À l'opposé de cet acte d'aumône anonyme consigné dans les sources grecques, le célèbre miracle de la résurrection des trois petits enfants découpés et mis au saloir par un aubergiste criminel relève d'une genèse textuelle et folklorique purement occidentale. Totalement inconnu des textes byzantins primitifs, ce récit s'est forgé en Europe occidentale entre le XIe et le XIIe siècle. Les spécialistes de l'iconographie chrétienne s'accordent à y voir une réinterprétation populaire erronée mais féconde du récit des Stratelatai : dans cette scène byzantine classique, le saint apparaissait sauvant de l'échafaud trois officiers romains de petite stature représentés dans une tour ou une cuve, motif figuratif que la dévotion populaire des clercs et du peuple d'Europe du Nord a transformé en une résurrection miraculeuse d'enfants conservés dans un saloir.

La translation des reliques de 1087 vers Bari et l'émergence du pèlerinage

Dès le règne de l'empereur Justinien Ier au VIe siècle, une majestueuse basilique avait été bâtie à Myre sur le sépulcre du confesseur de la foi, attirant d'innombrables pèlerins venus observer les guérisons et le phénomène de la sainte manne, cette liqueur liquide et limpide suintant des reliques. Cependant, à la fin du XIe siècle, l'avancée militaire et territoriale des Turcs seldjoukides en Anatolie fait peser une menace directe de profanation sur le sanctuaire byzantin.

Le 9 mai 1087, une expédition maritime marchande armée de soixante-deux marins de la cité de Bari accoste sur les rivages de Lycie et procède au prélèvement de la majorité du corps osseux de l'évêque afin de le transférer en sécurité dans leur port des Pouilles. Le 1er octobre 1089, le pape Urbain II consacre personnellement la crypte de la nouvelle basilique érigée au cœur de la ville pour abriter les restes sacrés sous le maître-autel. En octobre 1098, ce sanctuaire abrite le grand concile théologique de Bari, dirigé par le pape Urbain II avec le concours de saint Anselme de Cantorbéry pour traiter du Filioque avec les représentants grecs, comme l'explique le portail officiel de la Basilica Pontificia San Nicola. Dès 1099-1100, une flotte vénitienne recueille à Myre des ossements secondaires complémentaires destinés à l'église de San Nicolò al Lido, achevant la diffusion méditerranéenne du trésor sacré.

L'arrivée de la relique en Lorraine et la fondation de Saint-Nicolas-de-Port

L'implantation territoriale du culte dans l'espace lotharingien remonte aux années charnières de 1098 à 1100. À cette époque, le noble croisé et chevalier lorrain Aubert de Varangéville rapporte d'Italie une relique insigne — une phalange de la main droite de l'évêque de Myre — afin de la déposer en dévotion dans l'église paroissiale de Port, bourgade marchande située sur les rives de la Meurthe. Ce don prestigieux suscite un essor immédiat des pèlerinages dans l'est du royaume de France et dans les terres du Saint-Empire romain germanique.

La validité biologique et l'authenticité de cette distribution géographique des ossements ont été confirmées par les investigations médico-légales et canoniques conduites entre 1953 et 1957 à Bari par le professeur Luigi Martino. Ses conclusions anatomiques ont démontré que les ossements majeurs préservés dans les Pouilles, les fragments conservés au Lido de Venise et la phalange gardée dans la basilique lorraine constituent des parties compatibles d'un même squelette d'homme âgé du IVe siècle originaire de Méditerranée orientale, une expertise dont l'arrière-plan historique est présenté par l'Istituto della Enciclopedia Italiana Treccani.

1477 : La bataille de Nancy et la consécration du patronage ducal

Le rôle de protecteur spirituel joué par le saint évêque en Lorraine franchit une étape historique et politique majeure lors des guerres de Bourgogne à la fin du XVe siècle. Au début de l'hiver 1477, le duc René II de Lorraine, dont le duché est envahi par les troupes bourguignonnes de Charles le Téméraire, se rend en pèlerinage au sanctuaire de Port pour confier solennellement la survie de sa dynastie et de son peuple à l'intercession céleste du saint confesseur.

Le 5 janvier 1477, les forces coalisées lorraines et suisses remportent la victoire écrasante de la bataille de Nancy, au cours de laquelle le duc de Bourgogne trouve la mort sous les remparts glacés de la cité. Attribuant directement sa délivrance et la reconquête de ses États souverains à la protection de l'évêque de Myre, René II consacre saint nicolas comme patron officiel et perpétuel de la nation lorraine. Le souverain ordonne sur-le-champ la reconstruction fastueuse du sanctuaire de Saint-Nicolas-de-Port sous la forme d'une gigantesque basilique de style gothique flamboyant, dotée d'une nef imposante et de remarquables verrières étudiées dans le Bulletin Monumental sur la plateforme Persée, ainsi que dans les travaux sur la verrière en grisaille des Bermand.

L'organisation liturgique et civique des fêtes du 6 décembre

À la suite de cette consécration ducale et ecclésiastique, la célébration liturgique du 6 décembre se structure comme le cœur battant de l'année sociale et religieuse dans tout le Nord-Est de la France, de la Champagne à l'Alsace, ainsi que dans l'ensemble des anciens Pays-Bas, en Wallonie et en Flandre. Des confréries marchandes, des corporations de bateliers et des associations d'écoliers s'organisent autour des autels paroissiaux pour célébrer solennellement la fête du prélat protecteur.

Dans la société d'Ancien Régime, la commémoration mêle étroitement la piété de la messe pontificale aux manifestations corporatives urbaines. Les cortèges parcourent les rues où un clerc ou un notable revêtu des ornements épiscopaux vient distribuer aux enfants des récompenses alimentaires traditionnelles : pains d'épices épicés à la cannelle, figurines en massepain, fruits secs et agrumes précieux. Dans le théâtre populaire moralisé des écoles et des paroisses, la figure lumineuse de l'évêque bienfaiteur est bientôt accompagnée d'un acolyte sévère, incarné par le père Fouettard ou Hanscrouf, dont la présence dramatise la rétribution morale des comportements avant la venue des fêtes de la Nativité, un dynamisme célébratif également mis en lumière dans les Annales archéologiques conservées sur Gallica (BnF).

La liturgie de la sainte manne et le pont œcuménique de Bari

Au-delà des terres lorraines et du Nord de l'Europe, le foyer originel de dévotion établi dans les Pouilles maintient depuis neuf siècles un office liturgique d'une portée universelle. Chaque année, lors des cérémonies marquant la translation de mai et la fête de décembre, le clergé de la basilique pontificale procède sous l'autel de la crypte au prélèvement rituel de la « sacra manna », ce fluide incolore et pur exsudé par les reliques osseuses du saint.

Dans la théologie et la praxis de l'Église catholique, ce liquide n'est pas présenté comme un phénomène purement matérialiste ou une preuve mécanique de sainteté, mais comme une bénédiction sacramentelle et un signe sensible de dévotion pieusement recueilli et distribué aux malades et aux fidèles. En raison de l'immense vénération que lui voue le monde orthodoxe, la basilique pontificale de Bari est devenue un pont œcuménique permanent, accueillant au sein d'un même lieu des liturgies en rito latino et en rite byzantin slave et grec, attestant la force unificatrice de la mémoire du thaumaturge.

Iconographie sacrée : des attributs byzantins aux chefs-d'œuvre de la Renaissance

Dans l'histoire de l'art sacré occidental et oriental, l'évêque de Myre dispose d'une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Alors que l'Orient chrétien le dépeint sous les traits austères d'un hiérarque byzantin portant le grand omophorion blanc brodé de croix noires et tenant l'Évangile relié, les artistes de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance en Occident enrichissent sa panoplie d'attributs symboliques :

  • Les trois bourses ou trois sphères d'or : Déposées sur un livre sacré ou tenues dans la main gauche, elles rappellent le don généreux fait aux trois jeunes filles de Patara, comme l'illustrent les panneaux peints par Carlo Crivelli conservés au Cleveland Museum of Art et les enluminures précieuses du J. Paul Getty Museum.
  • Le cuvier et les trois enfants : Cet attribut spécifiquement occidental représente les jeunes clercs ou écoliers sortant du saloir sous la bénédiction épiscopale, symbolisant son patronage tutélaire sur l'enfance et la jeunesse studieuse.
  • L'ancre marine et la tempête apaisée : Insignes récurrents dans les vitraux et retables des ports maritimes et fluviaux, soulignant son intercession constante pour le salut des navigateurs et des marchands d'outre-mer.

Rayonnement caritatif universel et genèse de la figure moderne de Santa Claus

La dévotion au saint évêque ne s'est pas limitée aux frontières du continent européen. Dès le début du XVIe siècle, la monarchie espagnole transplante son patronage dans le Nouveau Monde. En 1503, le gouverneur Frey Nicolás de Ovando fonde dans la cité de Saint-Domingue l'Hôpital San Nicolás de Bari, premier édifice hospitalier et charitable érigé par les Européens aux Amériques, documenté par les études de la revue La Razón Histórica sur Dialnet et de la revue de médecine SciELO / Gaceta Médica de México. De même, son intercession spirituelle dans les nécessités matérielles et caritatives continue de faire l'objet de publications théologiques régulières, comme le rappellent les recherches universitaires publiées sur Studia et Documenta (Dialnet).

Enfin, la trajectoire socioculturelle de la fête a donné naissance à l'une des mutations folkloriques les plus universelles de la modernité. Au cours du XVIIe siècle, les colons protestants néerlandais émigrés en Nouvelle-Amsterdam (la future New York) introduisent sur le sol nord-américain leurs festivités domestiques traditionnelles dédiées à Sinterklaas. Par anglicisation phonétique, transposition littéraire et sécularisation progressive au XIXe siècle, la mémoire du généreux évêque de Myre a engendré la figure séculière de Santa Claus (le Père Noël), témoignant de la persistance universelle d'un héritage caritatif né sur les rivages de Lycie il y a plus de dix-sept siècles.

Sources et références documentaires

Questions fréquentes

Qui était historiquement saint Nicolas de Myre ?

Né vers 270 en Lycie (Asie Mineure), Nicolas devint évêque métropolitain de Myre. Ayant souffert la prison lors de la persécution de Dioclétien avant d'être libéré sous l'empereur Constantin, il administra son diocèse avec zèle et charité jusqu'à sa mort, survenue un 6 décembre vers 335-343.

Pourquoi saint Nicolas est-il devenu le saint patron de la Lorraine ?

Après l'arrivée d'une relique insigne (une phalange) à Port vers 1100, le sanctuaire devint un haut lieu de pèlerinage. En 1477, le duc René II remporta la victoire décisive de Nancy contre Charles le Téméraire après s'être placé sous sa protection, officialisant son patronage d'État et érigeant la grande basilique gothique.

Quelle est l'origine du miracle des trois enfants au saloir ?

Ce récit populaire n'apparaît dans aucun texte byzantin primitif. Élaboré en Occident entre les XIe et XIIe siècles, il découle d'une réinterprétation figurative de scènes iconographiques byzantines montrant saint Nicolas sauvant trois officiers romains (les Stratelatai) condamnés à mort.

Où sont conservées aujourd'hui les reliques du saint évêque ?

La majeure partie du corps repose dans la crypte de la basilique pontificale de Bari depuis 1087. L'église de San Nicolò al Lido à Venise conserve des fragments complémentaires obtenus vers 1100, tandis qu'une phalange insigne de la main est vénérée dans la basilique de Saint-Nicolas-de-Port en Lorraine.

Qu'appelle-t-on la sainte manne dans la tradition de Bari ?

La manne est un liquide limpide et très pur qui exsude naturellement des reliques osseuses conservées dans la crypte de Bari. Chaque année, ce fluide est formellement recueilli lors d'une cérémonie liturgique solennelle avant d'être béni et distribué aux pèlerins.

Quel est le lien historique entre saint Nicolas et Santa Claus ?

La célébration hollandaise de Sinterklaas fut exportée au XVIIe siècle par les colons néerlandais vers la Nouvelle-Amsterdam (New York). Par transformation linguistique en langue anglaise et sécularisation progressive au XIXe siècle, la figure de l'évêque charitable a donné naissance au personnage de Santa Claus.