Il y a une brève prière qui, pendant près d'un siècle, a été récitée à genoux à la fin de chaque messe dans tout le monde catholique. À peine cinq lignes, mais chargées de feu. La prière à saint Michel Archange est née de la conviction que le chrétien ne livre pas seulement un combat moral, mais aussi spirituel, et que dans cette lutte, il n'est pas sans défense : il a à ses côtés le prince des armées célestes. Pourquoi un pape a-t-il voulu que toute l'Église la répète quotidiennement ? La réponse nous mène à une vision, à un nom qui est un cri de guerre et à un chapitre de l'Apocalypse.
Contexte historique : l'archange et la vision de Léon XIII
Le nom « Michel » est, en hébreu, une question : Mi-ka-El, « Qui est comme Dieu ? ». Ce n'est pas un nom ordinaire, mais la devise avec laquelle, selon la tradition, cet archange s'opposa à l'orgueil de Lucifer, qui voulut être comme Dieu. Michel apparaît à des moments décisifs de l'Écriture : dans le livre de Daniel, il est « le grand prince qui se tient là pour les enfants » du peuple de Dieu (Daniel 12, 1) ; dans la lettre de saint Jude, il dispute au diable le corps de Moïse (Jude 9) ; et dans l'Apocalypse, il prend la tête du combat céleste : « Il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattirent contre le Dragon » (Apocalypse 12, 7-9). L'Église le vénère comme protecteur du peuple de Dieu et guide des âmes.
La prière la plus répandue, cependant, a un auteur et une date précis. Elle a été composée par le pape Léon XIII et rendue publique en 1886. La tradition raconte que le pape, après avoir célébré la messe un jour de 1884, fut saisi d'effroi par une visión dans laquelle il lui fut montré l'assaut du malin contre l'Église. Ému, il rédigea cette supplication et ordonna qu'on la récrie, avec d'autres prières, à la fin de chaque messe basse. Ce furent les « prières léoniennes », qui accompagnèrent la liturgie jusqu'à la réforme du concile Vatican II. Saint Jean Paul II, en 1994, invita à nouveau à la reprendre : « Bien qu'aujourd'hui elle ne soit plus récitée à la fin de la célébration eucharistique, j'invite tout le monde à ne pas l'oublier, mais à la récrire pour obtenir de l'aide dans le combat contre les forces des ténèbres ».
Il ne s'agit pas d'un culte des anges en marge de Dieu. Le Catéchisme rappelle que les anges sont des créatures et des serviteurs du Christ (nn. 328-336) : toute leur force vient de Lui. Demander l'intercession de saint Michel, c'est au fond s'en remette à la puissance de Dieu qui agit à travers ses messagers.
Texte complet de la prière à saint Michel Archange
Voici la version traditionnelle de Léon XIII dans sa forme habituelle en espagnol :
San Miguel Arcángel,
defiéndenos en la lucha;
sé nuestro amparo contra la perversidad y asechanzas del demonio.
Reprímale Dios, pedimos suplicantes,
y tú, Príncipe de la Milicia Celestial,
arroja al infierno con el divino poder
a Satanás y a los demás espíritus malignos
que andan dispersos por el mundo
para la perdición de las almas.
Amén.
Nous ne reproduisons pas ici la version officielle de cette prière dans votre langue car nous n'en avons pas la certitude absolue ; voici le texte en espagnol. Le texte original latin, qui est commun à toutes les langues, se trouve plus bas.
L'original latin
Il s'agit de la prière de Léon XIII, Sancte Michael Archangele.
Sancte Míchael Archángele, defénde nos in prǽlio;
contra nequítiam et insídias diáboli esto præsídium.
Réflexion et signification : une supplication de combat et de confiance
La prière n'est ni un incantatoire ni une formule magique. C'est une supplication humble qui reconnaît deux vérités inconfortables pour la mentalité moderne : que le mal existe et a un visage, et que nous ne pouvons pas le vaincre par nos propres forces. C'est pourquoi elle commence par demander la défense, et non une victoire propre.
Existe-t-il vraiment un « combat » spirituel ?
« Défends-nous dans le combat ». Saint Paul le dit sans détour : « Car nous n'avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les souverains de ce monde de ténèbres » (Éphésiens 6, 12). Le chrétien ne doit pas vivre obsédé par le démon — ce serait lui accorder trop d'importance —, mais il ne doit pas non plus l'ignorer. La prière à saint Michel maintient l'équilibre : elle nomme l'ennemi, mais le place aussitôt sous la puissance de Dieu. Le démon n'est pas un rival de Dieu sur un pied d'égalité ; c'est une créature déchue, et sa défaite est scellée.
Que signifie « sois notre rempart » ?
« Sois notre rempart contre la malice et les embûches du démon ». Le mot « embûches » est la clé : le mal se présente rarement de face ; il agit par la ruse, par la séduction, par le découragement. Nous demandons à saint Michel sa protection non seulement contre les grands assauts, mais contre les petits pièges quotidiens : le mensonge qui semble inoffensif, la rancœur qui s'installe, le désespoir qui murmure que rien n'a de sens. L'archange qui, dans l'Apocalypse, défend la femme et sa descendance (Apocalypse 12) continue de défendre aujourd'hui l'Église et chaque âme.
« Que Dieu lui commande », la victoire n'est pas la nôtre
Le centre de la prière n'est pas saint Michel, mais Dieu. « Que Dieu lui commande, nous t'en prions instamment ». C'est Dieu qui a tout pouvoir sur le mal ; l'archange agit « par la puissance divine », jamais par la sienne propre. C'est là toute la différence avec n'importe quelle superstition : nous ne comptons pas sur une force, mais sur une Personne, sur le Dieu qui, dans le Christ, a déjà vaincu la mort et le péché. C'est pourquoi la prière s'achève dans l'espérance : les esprits mauvais « rôdent dans le monde », mais leur pouvoir est voué à la défaite, non au triomphe.
Une prière pour la vie d'aujourd'hui
De nombreux fidèles la récitent au réveil, pour confier leur journée, ou à la fin de la journée. D'autres la reprennent dans les moments de forte tentation, de peur ou d'épreuve. Des familles la récitent face à une décision difficile et des communautés l'ont réintroduite à la fin de la messe. Il n'est pas nécessaire de ressentir quelque chose d'extraordinaire : il suffit de la dire avec foi, sachant que demander du secours n'est pas de la faiblesse, mais de la sagesse. Quiconque reconnaît qu'il a besoin d'être défendu a déjà fait le premier pas de l'humilité chrétienne.
Une prière datée : 1886
Cette prière ne remonte pas au Moyen Âge : elle a été composée par Léon XIII en 1886 qui ordonna qu'on la réciter à la fin de chaque messe. Cette coutume s'est maintenue jusqu'à la réforme liturgique des années soixante, lorsqu'elle a cessé d'être obligatoire. Si beaucoup de catholiques âgés la connaissent par cœur et que les jeunes l'ignorent, l'explication est là et nulle part ailleurs.
Ap 12, 7
Le nom Michel est une question : Mi-ka-El, « qui est comme Dieu ? ». Ce n'est pas un titre de force mais d'humilité, et c'est la réponse que la tradition oppose à l'arrogance de celui qui voulut être comme Dieu.
Quand la réciter
- Le 29 septembre, fête des archanges Michel, Gabriel et Raphaël.
- À la fin de la messe dans les paroisses qui ont rétabli la coutume.
- Comme prière de protection contre le mal, ce qui constitue son contenu littéral.
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Foire aux questions
Qui a écrit la prière à saint Michel ?
Léon XIII, en 1886. Il ordonna de la réciter à la fin de chaque messe, et il en fut ainsi jusqu'à la réforme liturgique des années soixante.
Est-elle toujours obligatoire à la fin de la messe ?
Non. Elle a cessé de l'être avec la réforme liturgique, bien que de nombreuses paroisses l'aient rétablie par dévotion.
Que signifie le nom Michel ?
C'est une question en hébreu : « qui est comme Dieu ? ». Ce n'est pas un titre de pouvoir mais d'humilité.
Quand a lieu sa fête ?
Le 29 septembre, aux côtés de Gabriel et Raphaël.
Sources
- Sainte Écriture : Apocalypse 12, 7-9 ; Daniel 12, 1 ; Jude 9 ; Éphésiens 6, 10-12.
- Catéchisme de l'Église catholique, nn. 328-336 (sur les anges).
- Léon XIII, prière à saint Michel (1886) ; prières léoniennes.
- Saint Jean Paul II, Regina Caeli, 24 avril 1994.
À propos de l'auteur
Cet article fait partie de « Oraciones y rezos cristianos », la série de Productos Religiosos dédiée à redécouvrir le trésor de la prière catholique. Nous écrivons à partir de la foi et avec rigueur, en nous référant toujours à l'Écriture, au Catéchisme et à la tradition vivante de l'Église, afin que chaque prière redevienne ce qu'elle a toujours été : une rencontre avec Dieu.
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